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De la lutte chimique à la lutte biologique

C'est après la dernière guerre mondiale que l'industrie phytosanitaire a pensé utiliser pour lutter contre diverses espèces d'insectes nuisibles des molécules gazeuses ou liquides, souvent très toxiques pour l'homme, alors déjà mises au point dans un but de guerre chimique. Ces produits sont utilisés à faible concentration, mais souvent de façon massive. Ce sont les premiers insecticides de synthèse; puis apparaissent herbicides, fongicides, bactéricides, nématicides, rodenticides etc... Par la suite, rapidement l'Organisation Mondiale de la Santé et la FAO (Food Agriculture Organisation) s'émeuvent des échecs de plus en plus nombreux enregistrés dans la lutte contre des insectes vecteurs de maladies ou contre des insectes ravageurs de plantes cultivées, du fait de l'augmentation alarmante des cas de résistance aux insecticides. On avait craint jusqu'alors, à juste titre ou par exagération, la toxicité immédiate ou rémanente de ces produits; dorénavant, on mettait en cause non plus le poison mais bien le succès même du combat engagé de cette façon. On observe en effet des résistances dans la lutte conduite à grande échelle contre de nombreux ravageurs des cultures, contre les mouches, les moustiques et, en Nouvelle-Calédonie même, contre le scolyte de la graine du caféier. Ces résistances acquises, sorte d'immunités, nécessitent alors l'emploi de produits plus toxiques, des concentrations plus fortes ou bien l'emploi alternatif d'autres molécules chimiques qui sont elles aussi vite dépassées. En outre, ces produits sont très toxiques pour les Vertébrés et pour l'Homme en particulier, ce qui nécessite l'élaboration d'une législation spéciale et une surveillance continue. Enfin et surtout, les produits chimiques ne sont pas sélectifs : l'épandage massif d'un produit sur toute une région agira sans distinction sur tous les organismes vivants qui s'y trouvent rassemblés, non seulement sur l'espèce à détruire mais aussi sur de nombreux auxiliaires naturels, lesquels sont souvent les plus sensibles aux produits chimiques.

On intervient donc brutalement, en aveugle et sans savoir bien comment sur les multiples équilibres biologiques en interaction en les modifiant de façon parfois catastrophique.

Les mêmes constatations sont à faire à propos des souches de micro-organismes pathogènes pour l'homme devenus résistantes aux antibiotiques ou à propos des mauvaises herbes devenues résistantes aux herbicides. C'est bien parce que les méthodes de lutte chimique généralisée comportent de tels effets incontrôlables et insoupçonnés auparavant que les méthodes de Lutte Biologique sont maintenant de plus en plus souvent prises en considération et connaissent un regain d'activité. Mais peut-on se priver de l'outil chimique? On tend alors à associer la lutte chimique à la lutte biologique en ce qu'on appelle la lutte intégrée. En 1962, un groupe d'experts réunis à Genève a défini la lutte intégrée comme " une combinaison rationnelle des méthodes de lutte dans laquelle les moyens physiques, chimiques, génétiques et culturaux sont intégrés à l'action des ennemis naturels des organismes nuisibles ".


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