La comparaison de deux images Spot, respectivement acquises en juillet 1987 (carte A) et 1992 (carte B), nous a permis d'estimer les dégradations du couvert végétal opérées en cinq ans sur trois ensembles paysagers contigus de la commune de Paita : les contreforts de la chaîne centrale, la plaine agricole et les collines du bord de mer. Ont été classées comme dégradées toutes zones dont l'activité chlorophyllienne (représentée sur les images Spot par la couleur rouge) a fortement diminué en cinq ans, signe d'une moindre densité du couvert arboré ou arbustif ou de sa disparition au profit d'une couverture herbacée sèche. Paradoxalement, la dégradation peut également se manifester par une nette augmentation de l'activité chlorophyllienne lorsque le couvert arboré ou arbustif, détruit par le feu est remplacé par un tapis dense "d'herbe tendre".
Dans la plaine agricole, les transformations du couvert végétal résultent de la mise en culture d'anciennes zones de pacages et de fourrés arbustifs ; elles sont également imputables à l'extension de l'habitat. Dans les collines littorales, ces dégradations sont le résultat du feu et d'un accroissement des zones cultivées dans quelques fonds de vallée. Bien que de nombreuses zones, dégradées par l'élevage caprin il y a quelques années, soient actuellement couvertes de fourrés arbustifs de Leucaena leucocephala, de superbes reliques de la forêt sclérophylle subsistent dans les vallées et dans les talwegs des versants, conférant à ces collines du bord de mer un grand intérêt du point de vue de la biodiversité.
Les contreforts de la chaîne centrale forment l'ensemble paysager qui a le plus souffert des dégradations de 1987 à 1992. Celles-ci sont essentiellement l'oeuvre du feu. La difficulté d'accès d'une région, sa faible implication dans l'économie locale et la faible fréquentation humaine qui en résulte ne réduisent donc nullement la probabilité d'apparition des incendies ; au contraire, ceux-ci sont associés à des activités requérant l'isolement, notamment la chasse et la promenade.
Les grands types de végétation de la zone étudiée sont en cours de détermination à partir de l'image de 1987. Une première esquisse est présentée carte C. Les pâtures et les champs labourés ont été respectivement intégrés aux classes "savane herbacée" et "fourrés arbustifs". De nombreuses zones de cette image présentaient une information incomplète du fait de la présence de nuages ou d'ombres trop accentuées, elles ont été couvertes d'un masque "ombres et nuages" qui apparaît en noir sur les cartes A et C, et en blanc sur la carte D. Le croisement de la carte des types de végétation et de la carte des zones dégradées permet de connaître les dégradations par type de végétation. La forêt, étant la formation dominante des contreforts de la chaîne centrale, il est logique de ce soit le milieu qui ait été le plus dégradé de 1987 à 1992.
La mise en évidence des directions principales de dégradations indique que celles-ci suivent de manière privilégiée les lignes de crêtes et les versants adjacents. En revanche les vallées et les talwegs, où le couvert végétal arboré ou arbustif est plus dense, sont moins touchés. Dans ces zones, les incendies ne se propagent en général que sur les marges et des possibilités de régénération du couvert végétal existent si la fréquence des incendies est faible. Dans le cas contraire, la couverture arborée ne peut se reconstituer et laisse la place à un écosystème beaucoup plus simple dans sa structure comme dans son fonctionnement, composé de formations herbacées ou arbustives capables de se régénérer entre deux incendies et tolérant un sol plus pauvre. Mis à nu par l'incendie, le sol forestier est en effet soumis au ruissellement, d'autant plus intense que les pluies sont violentes et fréquentes, que le relief est accentué et que les obstacles sur le sol (branches, pierres) sont rares. D'une manière générale, les capacités de régénération d'un couvert végétal après un incendie dépendent de sept facteurs : la nature du couvert végétal, son degré de destruction par l'incendie, la pente du versant sur laquelle il se développe, la composition du sol, la fréquence des précipitations, la violence de celles-ci, la fréquence des dégradations.
Sur les crêtes, le passage successif des incendies, la raideur des pentes et la maigreur des sols font que la végétation est généralement très dégradée : les arbres sont rares et de maigres buissons se cramponnent aux versants là où existaient autrefois les frondaisons de la forêt. A chaque incendie, les taches de sols dénudés s'agrandissent. Les zones les plus dégradées sont les plus fragiles à toute nouvelle dégradation : la dégradation appelle donc la dégradation et conduit à terme à la destruction.
Les images satellitales sont des photographies numériques de la surface de la terre à un instant donné. Seuls les ordinateurs ou les stations de travail sont capables de décoder cette information numérique et d'automatiser les calculs nécessaires à l'interprétation des images.
Le type de représentation le plus usité d'une image spot est la composition colorée, l'intensité de la couleur rouge est proportionnelle à la densité du couvert végétal, la couleur verte fait ressortir les terrains nus, la couleur bleue les récifs et la couleur blanche les nuages.