Ainsi, il y a environ 600 espèces de coraux en Indonésie, 450 en Nouvelle-Calédonie, 130 espèces en Polynésie et seulement 6 à l'Ile de Pâques. On observe cette diminution dans tous les groupes zoologiques, et les biogéographes ont émis l'hypothèse que le triangle d'or de la biodiversité (Nouvelle-Guinée-Philippines-Bornéo) correspondait au foyer de dispersion spécifique, à partir duquel toute la faune de l'Indo-Pacifique aurait diffusé.
Cependant, à mesure que la qualité de l'échantillonnage s'améliore dans les différents archipels, ce paradigme est remis en question. Pour les mollusques, un auteur australien a pu montrer qu'il n'y avait pas de différence significative entre la richesse des côtes ouest et nord australienne et celle d'Indonésie.
La Nouvelle-Calédonie possède une faune marine très diversifiée et presque aussi riche que celle de l'archipel indo-malais. Bien que la totalité de la faune soit loin d'être étudiée, on peut avancer les estimations suivantes par groupes (faune et flore) pour la seule zone littorale (0-100 m) :
Bactéries
?
Spongiaires
600
Protoctistes
unicellulaires
?
Bryozoaires
300
Protoctistes
pluricellulaires (algues)
500
Cnidaires
(coraux, gorgones, anémones...)
1000
Champignons
?
Echinodermes
300
Plantes
(phanérogames)
6
Mollusques
10000
Crustacés
5000
Ascidies
200
Poissons
1300
Reptiles
20
Mammifères
10
Ces estimations sont approximatives dans la plupart des groupes d'invertébrés. Parfois nos connaissances sont quasiment nulles. Quand nous croyons bien connaître une faune, nos illusions ne persistent pas longtemps. Ainsi pour les mollusques gastéropodes, groupe bien connu des collectionneurs de coquillages, et qui avait de longue date fait l'objet d'un échantillonnage dans les lagons : on connaissait environ 1500 espèces. Un échantillonnage intensif, mené par des spécialistes pendant deux mois dans les régions de Touho et de Koumac en 1993, a permis de récolter environ 3000 espèces dont beaucoup sont nouvelles : on a pu observer sur quelques mètres carrés de pente récifale externe plus de 580 espèces ... soit l'équivalent de toute la faune malacologique de Grande-Bretagne !
Devant notre ignorance, faut-il renoncer à décrire la biodiversité ? Bien au contraire, il faut augmenter l'effort d'échantillonnage dans tous les milieux et toutes les gammes de taille et utiliser les compétences taxonomiques internationales pour étudier et décrire ces espèces.