A la fin du 17ème siècle, John RAY a déjà donné une définition biologique de l'espèce, la reliant à la capacité à produire des petits féconds. Mais pour les grands classificateurs du 18ème siècle, Linné et Tournefort, la tâche du taxonomiste est la reconnaissance de chaque dessin fondamental, plan idéal auquel chaque organisme doit se rattacher. Cette approche typologique et fixiste est toute naturelle pour une pensée créationniste, qui conçoit le monde vivant comme un ensemble stable, issu d'une volonté créatrice d'origine divine..
Dans ses travaux parus entre 1749 et 1789, BUFFON ne reconnaît qu'une catégorie naturelle, l'espèce, et propose un système où, au sein de grands types spontanément apparus (qu'il nomme famille ou genre), il groupe des espèces parentes : ainsi le cheval et l'âne. Pour BUFFON, la nature n'est plus seulement un ordre au sein duquel tous les êtres observés, immuables, sont directement créés par Dieu, mais elle est aussi une force régie par des lois qui modèlent le vivant. BUFFON pose donc timidement le problème de la spéciation : l'éloignement des types primordiaux (la " dégénération "), qui produit des espèces à partir de ces types, peut se faire par une accumulation de " touches accessoires ", héritées par la descendance. Mais il ne doit altérer que peu ou pas la fécondité et il y a une cloison étanche entre les types primordiaux spontanément apparus : la vie n'a pas d'histoire.