Devant la diversité de la nature, l'homme s'est très vite préoccupé de nommer puis d'en classer les éléments, afin d'y trouver ou d'y retrouver ce qui lui était nécessaire : ce qui n'a pas de nom n'existe pas puisque l'on ne peut en parler ! Les classifications traditionnelles sont donc très anciennes, inhérentes au développement de la pensée humaine. Leur méthode est commune à toutes les sociétés : nous en usons tous les jours.
Les connaissances sont d'abord stockées en vrac dans notre cerveau ; puis elles sont indexées et liées les unes aux autres par des relations préférentielles, correspondant à notre expérience personnelle ; enfin elles peuvent être rappelées à notre mémoire active au moment où nous en avons besoin, de manière sélective.
Les deux derniers points expliquent la formation des classifications traditionnelles. Les grandes différences font les grandes catégories et elles orientent l'indexation des données au moment de leur acquisition, dans trois chapitres principaux, puis leur rappel ultérieur à partir de ce classement préliminaire : observation de la plante, usage, techniques nécessaires pour leur emploi. Notre cerveau classe tout ce qui nous touche, en établissant de nouvelles relations entre les données stockées :
_ lorsque nous pensons " observation de la plante ", nous identifions différents critères qui servent de sous-index : la taille (grand, petit, autre), le port (rampant au sol, droit vers le ciel, autre), l'écologie (dans quel endroit la plante pousse-t-elle ?), la couleur (feuilles vertes, rouges, ... entièrement, en partie, comment ?), l'odeur, le goût, le comportement (bouturage possible ? résistance au feu ? fructification abondante ?), etc..
_ il en est de même lorsque nous pensons " usage de la plante " : plantes ligneuses (intérêt pour le bois), plantes alimentaires (de base, de fête, de disette, etc.), plantes médicinales (pour telle ou telle maladie, tel ou tel symptôme) ; plantes tinctoriales (présence de colorants), autres usages.
_ c'est encore le cas lorsque nous pensons aux " techniques nécessaires pour utiliser la plante " : utilisation en l'état brut, comme matière première ; transformation (sciage, fermentation, extraction, etc.).
Un seul renseignement ne suffit pas pour identifier une plante :
_ plante du bord de mer ?Æ pas de réponse précise
_ arbre du bord de mer ? Æ pas de nom précis, mais évocation des possibilités : palétuviers, tamanou du bord de mer, etc.
_ arbre du bord de mer, possédant des feuilles poilues et utilisé en cas de " gratte " ? Æ faux-tabac, réponse précise.
La classification traditionnelle fonctionne ainsi dans toutes les cultures, avec des variations dans les multiples catégories. Elle s'intéresse aussi aux animaux, et peut se révéler très efficace : ainsi, les ornithologistes travaillant sur les oiseaux de Nouvelle-Guinée ont eu la surprise de découvrir que 90% des espèces avaient déjà un nom coutumier dans certaines tribus.
Il n'est pas possible d'inventorier toutes ces définitions, qui sont toujours des définitions d'usage, formule que l'on peut interpréter dans ses deux sens principaux : habitude sociale et utilité pratique. Ainsi peuvent être décrits des groupes de plantes selon des découpages infinis et arbitraires, propres à chaque culture, à chaque société : herbes de montagne, légumes, fruits à cuire, pins colonnaires, plantes à huile, arbres résineux, lianes à crochets, plantes épineuses, plantes à fleurs, plantes magiques, essences forestières, plantes à parfums, plantes à alcaloïdes, herbes médicinales, etc, etc, etc.
La liste est sans fin, ce qui peut faire supposer que chaque plante peut avoir des qualités propres de " plante utile ". Cet axiome est fréquent dans les sociétés traditionnelles. Mais il faut rappeler qu'il est encore très souvent le credo des " conservationnistes ", et celui de nombreux scientifiques qui étudient la biodiversité !