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Il n'y a pas que l'oiseau sur la branche....

En forêt, la vie prend de l'altitude. On y observe, collecte et étudie la faune du sol et du sous-bois par toutes les méthodes classiques mises en oeuvre dans les autres milieux, mais la masse de la végétation est longtemps restée hors de portée. Quand on a réalisé que la couche supérieure du feuillage des grandes forêts tropicales, cette mer de verdure tourmentée, renfermait sans doute la vie animale la plus diverse de la planète, de nouvelles méthodes d'échantillonnage ont été mises au point. On rejoint la canopée par l'escalade... ou la voie des airs comme l'équipe du " radeau des cimes ", et on y pratique plus ou moins confortablement toutes les techniques classiques. Ou bien, comme nous le faisons en Nouvelle-Calédonie, on essaie d'en faire descendre ce qui y vit.

La thermonébulisation ou " fogging ", est bien adaptée à la collecte des arthropodes qui sont les constituants majoritaires de la faune de la canopée. Cette technique a le grand avantage de ne nécessiter ni financement prohibitif, ni talents de grimpeur confirmé. Elle consiste à préparer préalablement, au niveau du sol, des collecteurs horizontaux standardisés de 1 m2 (nappes plastiques sur cadres supports). Leur nombre doit être suffisant pour rendre compte de l'hétérogénéité du milieu forestier étudié, et leur disposition adaptée aux analyses que l'on envisage. Puis on projette, par un réacteur à essence, jusqu'à plus de 20 m dans la cime des arbres, un brouillard toxique à effet de choc, inoffensif pour les animaux à sang chaud (pyréthrinoïdes). Enfin, après une attente de 2 heures, on récolte les spécimens tombés sur chaque nappe, en vue de leur étude au laboratoire. La méthode n'est praticable qu'en l'absence de pluie et de vent : en Nouvelle-Calédonie, cette dernière condition oblige à travailler dès le lever du jour.

L'étude de ces prélèvements va demander beaucoup plus de temps que leur récolte. La faune collectée correspond au volume de la colonne de feuillage située au-dessus du collecteur, et les données quantitatives peuvent donc être rapportées à une unité de volume ou de surface, aux fins de comparaisons entre différents milieux et saisons, ici ou ailleurs dans le monde. L'analyse implique le tri et l'identification des faunes collectées. Idéalement, il faudrait pouvoir exploiter toute l'information recueillie en travaillant au niveau de l'espèce, afin de définir la structure des associations entre les populations animales et d'étudier ses variations dans le temps et dans l'espace, enfin de " démonter " le grand mécanisme de l'écosystème. Mais les scientifiques spécialisés dans l'identification et la description des faunes sont trop peu nombreux pour presque tous les groupes d'invertébrés tropicaux.

Les relations spatiales entre les groupes taxonomiques peuvent heureusement être abordées à des niveaux moins précis : morphospecies (ensembles d'aspect différent pour l'observateur, qui correspondent parfois à de véritables espèces, mais aussi quelquefois à des genres !) sous-familles ou familles ; ou à des niveaux différents, quand on essaie de répartir la faune en communautés écologiques comme les guildes (guilde des mangeurs d'épiphytes, guilde des décomposeurs, guilde des parasites...).

Les différences observées entre les peuplements des milieux forestiers néo-calédoniens peuvent être très importantes en qualité comme en quantité. De grandes différences dans la composition faunistique peuvent s'accompagner de " compensations " entre ces groupes, qui assurent une stabilité de l'équilibre entre les guildes. L'étude des différences dans la composition de la faune et dans son évolution dans le temps, mise en relation avec la diversité structurelle du monde végétal qui l'héberge, doit donc permettre de comprendre le fonctionnement de l'écosystème étudié et les facteurs qui conditionnent son équilibre.


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